MOUNIA RAOUI

Auteure, metteuse en scène et comédienne 

Le regard profond comme la voix, la parole solennelle : Mounia Raoui est dans la vie comme elle est dans ses œuvres, signe, peut-être, du lien direct, sans filtre, qui la lie à son art. On ne saurait tracer la ligne qui sépare l’artiste et ses créations. Les deux choses sont consubstantielles. Alors, quand elle aborde ses œuvres, elle parle forcément d’elle et de son histoire, intimement.

Formée au Théâtre National de Strasbourg, dont elle sort diplômée en 1998, elle joue dès sa sortie dans des mises en scènes de Jean-Louis Martinelli et Joël Jouanneau. En parallèle, des appels d’air l’attirent vers d’autres études : une licence d’histoire à la Sorbonne et un master de sciences politiques à l’Université de Strasbourg. Derrière ces choix, le besoin de « comprendre le monde ». Lorsqu’elle crée la compagnie Toutes nos histoires, c’est ce dessein que Mounia Raoui entend poursuivre. Dès lors, chacun de ses textes et de ses spectacles peut être perçu comme une manière d’appréhender ce à quoi l’on fait face, collectivement. 

Jeune, elle griffonnait dans des journaux intimes des pensées fugaces, parfois juste un titre, ou une manière poétique de parler de sa journée. Plus tard, ses propres expériences nourrissent ses textes. Les petits boulots, les périodes d’inactivité, les échanges et les rencontres du quotidien sont sa matière première en tant qu’écrivaine. En 2017, elle achève l’écriture de son premier texte, Le dernier jour où j’étais petite, poème dramatique qui pose les jalons de l’œuvre à venir. La pièce est créée la même année au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis. Ce premier texte, Mounia Raoui y travaille comme si c’était le dernier, et ce principe régira toutes les créations de la compagnie Toutes nos histoires. Chaque fois, c’est comme un geste ultime.

« J’aime l’écriture de Mounia parce qu’elle parle d’elle-même, et il n’y a rien de plus subversif que de parler de soi », s’enthousiasme Areski Belkacem, le partenaire de création de Mounia Raoui depuis la création d’Il n’y a plus rien, mais on est là au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis en 2013. La rencontre entre les deux libère une envie de musicalité, amenant à la création de spectacles musicaux, de concerts, et l’enregistrement d’albums en studio et en live. « J’ai toujours eu un rapport organique à la musique et au rythme », remarque celle qui, sur les compositions de son acolyte, pose un parlé profond et chaud. 

Et en tant qu’actrice ? « Jouer, c’est faire acte de présence. J’aime le faire avec mes propres mots, j’apprends beaucoup avec d’autres auteurs », affirme Mounia Raoui. Sur les planches, en tant que comédienne, elle est dirigée par Jean-Louis Martinelli, Joël Jouanneau, Thierry Bédard et Jean de Pange, traversant aussi bien le répertoire classique que contemporain. Au cinéma, elle joue dans les films de Catherine Corsini, Joachim Lafosse, Françoise Lebrun et Nicolas Philibert. En 2009, elle remporte le Prix d’interprétation féminine au Festival du court-métrage de Nice pour son rôle dans Malika s’est envolée de Jean-Paul Civeyrac. Si elle pèse chaque mot lorsqu’elle parle, c’est parce qu’elle porte la langue à un haut niveau d’exigence, qu’elle connaît les potentialités créatrices de la poésie et celles, destructrices, des discours autoritaires. Aujourd’hui, sa recherche s’attache à explorer la relation entre la parole et les mouvements du corps, dans le prolongement du geste déjà engagé par la compagnie entre théâtre et musique. Toujours, la nécessité est guide. Ou comme le formule l’artiste elle-même : « Les choses que j’ai à dire prendront la forme qu’elles ont besoin de prendre ».